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Plages · 26 août 2026 · 8 min

Les plages d'Ibiza sans la foule : ma méthode en cinq réflexes

On me répète que les plages d'Ibiza sont invivables en été. Après trente ans d'allers-retours, je réponds toujours la même chose : elles ne sont bondées que si l'on y va comme tout le monde.

Chaque été depuis trente ans, je retrouve Ibiza. Et chaque été, j'entends la même phrase, sur le port, à la terrasse d'un café, dans la file du ferry : « les plages sont bondées, on ne peut plus rien faire ». Je souris, parce que ce n'est pas tout à fait vrai. Les plages d'Ibiza sont pleines quand on y va comme tout le monde, au même moment que tout le monde, au même endroit que tout le monde.

Or il existe une autre façon de vivre l'île. Elle ne demande ni bateau privé, ni réveil à cinq heures du matin, ni adresse confidentielle chuchotée à l'oreille. Elle demande simplement de comprendre comment l'île respire : d'où vient le vent, à quelle heure les Espagnols déjeunent, quelle côte s'anime et quelle côte s'endort à mesure que la journée avance.

Voici ma méthode. Elle tient en quelques réflexes très simples, elle ne coûte rien, et elle a transformé mes étés. Je vous la donne comme je la donnerais à une amie qui débarque pour la première fois sur l'île.

Lire l'île par le vent

La première chose que je fais le matin à Ibiza, avant même le café, c'est ouvrir la fenêtre et sentir l'air. Ce n'est pas une coquetterie : sur une île de quarante kilomètres de long, le vent décide de tout. De l'état de la mer, de la transparence de l'eau, du confort de la plage, et donc, mécaniquement, de la foule qui s'y trouvera.

La règle tient en une phrase, d'une simplicité désarmante : quand le vent souffle du nord, allez au sud ; quand il souffle du sud, remontez au nord. Une plage exposée au vent du jour, c'est une mer agitée, une eau trouble et du sable qui pique les jambes. La même plage, abritée par le relief, devient un lagon.

Concrètement, je regarde la direction du vent la veille au soir, sur n'importe quelle application de météo marine. Cherchez la flèche du vent, pas seulement la température. Un vent de nord annoncé ? Je descends vers Las Salinas ou les criques du sud, protégées par les collines. Un vent de sud-ouest ? Je file vers la côte nord, du côté de Benirràs, où la mer redevient un miroir. Les jours de calme plat, tout est possible, et ce sont ces jours-là que je garde pour mes endroits préférés.

Ce simple réflexe élimine la moitié des déceptions de vacances. La plupart des visiteurs choisissent leur plage sur une photo vue en ligne, sans se demander si la mer y sera belle ce jour-là. Vous, vous choisirez la vôtre parce que l'île vous l'aura soufflée à l'oreille.

Mon père disait que le vent est le seul guide honnête d'Ibiza : il ne prend pas de commission et il ne ment jamais. J'ai mis vingt ans à comprendre à quel point il avait raison.

Jouer les horaires : le luxe des heures creuses

Deuxième levier, encore plus puissant que le vent : l'horloge. Les plages d'Ibiza vivent au rythme des vacanciers, et ce rythme est d'une régularité stupéfiante. La foule arrive entre 11 heures et midi, s'installe, sature les parkings, puis reflue vers 18 heures. Il suffit de décaler votre journée d'une ou deux heures pour vivre, littéralement, sur une autre île.

Avant 11 heures, même les plages les plus célèbres sont méconnaissables. J'ai eu Cala Comte presque pour moi un matin de juillet, à neuf heures et demie, avec une lumière rasante qui rendait l'eau turquoise presque irréelle. Deux heures plus tard, il n'y avait plus une place de parking à un kilomètre à la ronde, et des files devant chaque escalier d'accès.

Après 17 heures, le mouvement s'inverse : les familles rentrent doucher les enfants, les loueurs de transats commencent à replier, et la plage retrouve son souffle. C'est mon moment préféré. L'eau est à sa température maximale de la journée, la lumière devient dorée, et vous nagez dans un décor que les autres n'ont connu qu'en plein cagnard, au coude à coude.

Et puis il y a le secret le mieux partagé qui reste pourtant ignoré : l'heure espagnole du déjeuner. Entre 14 heures et 16 heures 30, une bonne partie de la plage se lève et part manger, longuement, comme il se doit ici. Les criques se vident de façon très nette, surtout celles qui sont adossées à un restaurant réputé. Si vous acceptez de déjeuner tôt, ou tard, cette fenêtre de l'après-midi est un cadeau que l'Espagne vous fait tous les jours.

Pour voir comment j'articule tout cela du premier café au dernier bain, je vous ai décrit ma journée type à Ibiza, en accès libre ici : les horaires y sont détaillés heure par heure, avec mes petites habitudes.

Choisir sa côte selon votre style

Ibiza n'est pas une plage, c'est une mosaïque. Chaque côte a son caractère, et beaucoup de déceptions viennent d'un simple malentendu : on cherchait du calme et des poissons, on a trouvé des enceintes et des cocktails ; on voulait du sable pour les enfants, on est tombé sur des dalles rocheuses.

Si vous voyagez en famille, privilégiez les longues plages de sable à pente douce, avec des services à proximité, plutôt du côté est et sud-est de l'île. L'eau y monte doucement, les enfants ont pied longtemps, et vous trouverez toujours de quoi improviser un goûter ou acheter le bob oublié à la maison.

Si vous venez pour le snorkel, oubliez le sable : c'est la roche qui fait la vie sous-marine. Les criques bordées de falaises et d'herbiers, nombreuses sur la côte ouest et au nord, offrent des fonds étonnants à quelques mètres du bord. Un masque et un tuba suffisent, pas besoin de bateau ni de brevet de plongée.

Si vous êtes venu pour les couchers de soleil, la côte ouest est votre royaume. Cala Comte, et surtout Cala d'Hort face au rocher d'Es Vedrà, offrent des fins de journée qui justifient à elles seules le voyage. Es Vedrà a quelque chose d'irréel, posé sur l'horizon comme un décor de théâtre, et je ne m'en lasse pas après trente ans.

Et si vous cherchez l'ambiance, il y a Benirràs et ses tambours du dimanche, quand les percussions accompagnent le soleil jusque dans la mer. C'est plein, c'est vivant, c'est un rituel : une expérience à faire au moins une fois, en connaissance de cause.

Les pièges à touristes assumés, et pourquoi j'y retourne

Soyons honnêtes entre nous : certaines plages d'Ibiza sont devenues des machines. Transats à des prix déraisonnables, musique en continu, files d'attente, parkings saturés dès 10 heures 30. Las Salinas en haute saison, Cala Comte à midi, Cala d'Hort un samedi d'août : je sais exactement ce qui m'attend en y allant.

Et pourtant, j'y retourne. Parce qu'un piège à touristes est presque toujours un piège pour une bonne raison : ces plages sont objectivement magnifiques. Las Salinas a une eau et une énergie qu'on ne trouve nulle part ailleurs sur l'île, avec ses allées de sable entre les dunes et son défilé permanent. Es Vedrà, contemplé depuis les rochers de Cala d'Hort, reste à mes yeux l'un des paysages les plus puissants de la Méditerranée.

Ma règle personnelle : je ne renonce jamais à un lieu, je renonce à un horaire. J'y vais tôt, ou tard, ou en semaine, ou hors saison. Et quand il m'arrive d'y aller en pleine affluence, j'accepte le jeu : ce jour-là, je viens pour l'ambiance, pour regarder les gens, pas pour le silence. Un piège à touristes assumé cesse d'être un piège.

Mes amies me demandent pourquoi je retourne à Las Salinas alors que je connais des criques bien plus tranquilles. Je leur réponds que c'est comme revoir un vieux film qu'on adore : on sait tout ce qui va se passer, et on y va quand même.

Quant à mes criques fétiches, celles où je pose ma serviette quand je ne veux entendre que les cigales et le clapot, vous comprendrez que je ne les nomme pas dans un article public. Ce sont trente ans de repérages, d'erreurs, de marches inutiles et de bonnes surprises. Je les garde pour celles et ceux qui veulent vraiment aller plus loin.

L'équipement qui change tout

Voici le point que presque tout le monde néglige, et qui fait pourtant la différence entre une journée magique et une journée écourtée : les criques d'Ibiza n'ont souvent rien. Pas de transat, pas de buvette, pas d'ombre, parfois même pas de vrai chemin d'accès. C'est précisément pour cela qu'elles sont restées tranquilles.

Mon kit ne varie plus depuis des années, et il tient dans un seul cabas :

Avec ce kit dans le coffre de la voiture, vous devenez autonome. Et l'autonomie, à Ibiza, c'est très exactement la liberté de choisir les endroits que les autres évitent faute d'équipement. La foule va où il y a des services ; vous, vous n'en avez plus besoin.

Respecter les lieux : ce que trente ans m'ont appris

Je termine par ce qui compte le plus à mes yeux. Si les plages d'Ibiza sont encore belles après des décennies de tourisme intense, c'est un petit miracle, et ce miracle est fragile. Trois sujets me tiennent particulièrement à cœur.

La posidonie, d'abord. Ces herbiers sous-marins que certains prennent pour de vulgaires algues sont une plante protégée, inscrite au patrimoine mondial dans les eaux d'Ibiza et de Formentera. C'est elle qui fabrique cette eau si transparente et ce sable si clair. On ne l'arrache pas en nageant, on ne jette pas l'ancre dessus, et on ne râle pas quand ses feuilles mortes s'accumulent sur le rivage : c'est le signe d'une mer vivante.

Les mégots, ensuite. Un seul mégot pollue des centaines de litres d'eau, et j'en ramasse chaque été plus que je ne voudrais. Un cendrier de poche coûte deux euros au premier tabac venu. Et repartez avec tous vos déchets, même sur les plages équipées de poubelles quand elles débordent, ce qui arrive chaque après-midi d'août.

Les drones, enfin. Je comprends l'envie de belles images, mais une crique paisible avec un drone qui bourdonne au-dessus des serviettes n'est plus une crique paisible. Le survol des plages est très encadré en Espagne, et souvent interdit. Renseignez-vous avant de décoller et, dans le doute, abstenez-vous : le silence fait partie du paysage au même titre que la mer.

Respecter les lieux, c'est aussi respecter ceux qui y vivent à l'année : parler moins fort le soir, ne pas garer sa voiture au milieu d'un chemin agricole, saluer en croisant les habitants. L'île rend au centuple ce qu'on lui donne, je l'ai vérifié tout au long de ma vie.

Et mes adresses, alors ?

La méthode que je viens de vous donner fonctionne partout, avec n'importe quel guide et n'importe quelle carte. Lire le vent, décaler vos horaires, choisir votre côte, vous équiper, respecter les lieux : ce socle vous évitera l'essentiel de la foule et la plupart des déceptions. Il est gratuit, et je serais heureuse qu'il serve au plus grand nombre.

Ensuite, il y a le reste. Les criques précises où je vais selon le vent, le restaurant où je demande toujours la même table, le marché, la boutique, le point de vue du soir. Trente ans d'allers-retours entre la France et l'île, condensés en 59 adresses que j'ai fini par écrire noir sur blanc, pour mes proches d'abord, puis pour vous. Si ma façon de vivre Ibiza vous parle, ma carte privée des 59 adresses vous attend ici.

D'ici là, faites l'essai dès demain matin : ouvrez la fenêtre, sentez d'où vient le vent, et laissez l'île décider pour vous. C'est exactement comme cela que tout a commencé pour moi, il y a trente ans.

Joyce offre une journée entière de sa carte, heure par heure, avec ses adresses.

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